Pour une Spécialité
"Nutrition, Métabolisme Energétique, Signalisation" (NuMéSi)
Dans la Mention "Biologie
Cellulaire, Physiologie, Pathologie" (BC2P)
Du Master "Sciences et
Applications"
Université Paris7-D.Diderot &
Université Paris5-R.Descartes
Eté 2004
"De tes aliments tu feras une médecine" (Hippocrate).
Le lien entre l’alimentation et la
santé ne saurait être considéré comme un fait nouveau. Ce lien persiste à
travers l’histoire de l’Homme. Les régimes préconisés aux différentes époques
historiques, ont toujours eu pour objectif d’assurer la longévité c’est à dire
l’expression la plus évidente de la santé.
De nombreux éléments (largement
relayés dans les médias) attestent que le contexte actuel est favorable pour
promouvoir le développement de la recherche dans le domaine de la Nutrition de
l'homme :
1/ La nécessité pour les pays
européens de maîtriser leurs dépenses de santé en retardant et prévenant
l’apparition de pathologies chroniques présentant une relation avec
l’alimentation (maladies cardio-vasculaires, obésités, certains cancers
spécifiques, ostéoporose), qui représentent une part importante de ces
dépenses. En effet, si l’inadaptation des apports alimentaires ne peut, en
règle générale, être considérée comme la cause directe de ces maladies, de
nombreux éléments fondamentaux, cliniques et épidémiologiques suggèrent qu’elle
peut, d’une façon ou d’une autre, participer à leur déterminisme. Ces maladies
sont aujourd’hui parfaitement reconnues comme étant multifactorielles. Des
facteurs génétiques et de nombreux facteurs environnementaux interviennent dans
leur développement ou leur expression clinique. Parmi ceux-ci, l’alimentation
est considérée comme jouant un rôle essentiel au niveau de la prévention de
leur apparition et de leur développement. Ce constat est à la base du
développement en France d’une politique nutritionnelle de santé publique
2/ La nécessité pour la France, et d’autre pays
européens, de protéger leurs spécificités et leurs variétés alimentaires, ainsi
que leurs modes de vie, qui ont des impacts plutôt bénéfiques en termes de
santé.
3/ L’importance croissante que le
consommateur attache à la qualité de son alimentation, qui apparaît comme une
composante majeure des représentations liées à la santé : 87% des français
estiment que l’équilibre alimentaire est une priorité pour conserver un bon
état de santé ou l’améliorer (revue Biofutur n°160, 27-31)
Les rapports entre alimentation,
nutrition, santé et bien-être sont maintenant l’objet de véritables enjeux
socio-économiques à moyen et long terme dans les pays industrialisés.
Compte tenu de la demande du corps social et de l’industrie agro-alimentaire,
il est donc devenu indispensable pour ces pays, de développer et structurer les
recherches dans le domaine de la
Nutrition de l'homme.
Une recherche moderne dans le
domaine de la nutrition de l'homme doit permettre de répondre aux objectifs
suivants :
1/ - comprendre le rôle des
nutriments dans le métabolisme cellulaire et le développement cellulaire.
2/ - permettre une meilleure
compréhension de l’impact de la nutrition vis à vis du phénomène de
vieillissement et sur l’installation et les mécanismes de progression des
maladies dégénératives (cardio-vasculaires, ostéoporose, cancers, obésités,
diabètes)
3/ - aborder les effets directs et
indirects des nutriments sur l’expression des gènes contrôlant la prise
alimentaire (fonctions neurophysiologiques, développement du système nerveux
central), la digestion des aliments et le métabolisme des nutriments (influence
de l’âge ; influence du patrimoine génétique de l’individu ou du
groupe de population concerné; interactions avec le polymorphisme génétique
dans les populations).
4/ - identifier/valider des
marqueurs biologiques spécifiques de l’état nutritionnel et /ou de la
consommation, reliés à une/des fonctions physiologiques, selon l’âge des
individus ou le groupe de population concerné, permettant d’apprécier la valeur
nutritionnelle des aliments.
5/ - optimiser les besoins en
nutriments pour chaque groupe de population d’intérêt (obèses, diabétiques,
vieillards …)
6/ - étudier les mécanismes
responsables de l’effet néfaste ou toxique de nutriments ou de xénobiotiques et
les possibilités, dans le domaine nutritionnel, de protection de l’organisme
vis à vis de ces effets toxiques. Ces risques peuvent être notamment
consécutifs aux nutriments eux-mêmes (lors d’excès ou de carence), ou à la
présence de xénobiotiques provenant des matières premières, modifiés ou apparus
lors des traitements technologiques, les phénomènes d’intolérance alimentaire
(allergies alimentaires, réponses immunitaires du système digestif).
Sur le plan appliqué, l'importance des facteurs
nutritionnels est donc majeure. Sur le plan fondamental, les processus
nutritionnels ont un caractère de généralité lié autant à la nécessité absolue
de l’assimilation des nutriments pour le développement des êtres vivants qu’à
la constance des voies métaboliques dont la plupart, déjà présentes chez les
unicellulaires, ont persisté à travers l’ensemble de la série animale. D’autre
part les mécanismes nerveux et endocriniens d’intégration des voies
métaboliques présents chez les mammifères sont suffisamment comparables d’un
groupe à l’autre pour que l’expérimentation animale puisse fournir sur ce point
des renseignements utilisables en nutrition humaine.
C’est pour répondre au besoin d’un
enseignement moderne préparatoire à la recherche en nutrition humaine et
prenant en compte aussi bien les aspects fondamentaux que les applications
cliniques, que nous proposons cette Spécialité dans le cadre de la Mention BC2P du master
Sciences et Applications, mention commune à l'Université Paris7 et à
l'Université Paris5 .
Il est opportun de rappeler que fonctionne à Paris 7, depuis 1982, un DEA
et une formation doctorale de Physiologie et Physiopathologie de la Nutrition Humaine,
conçus dès l'origine dans une optique pluridisciplinaire et accueillant des
étudiants issus aussi bien des maîtrises scientifiques que des filières
conduisant aux professions de santé.
La Spécialité "NuMéSi" a été conçue
pour en être le relais actualisé.
Elle vient d'être habilitée à partir de la rentrée
universitaire 2004, en partenariat avec l'Université P5 (cohabilitation) et
l'INRA, acteur national majeur de la recherche en Nutrition de l'homme
(convention).
Elle a pour objectif de préparer les étudiants à la
recherche dans les différents facettes de cette discipline, incluant les
aspects physiologiques ainsi bien que les aspects physiopathologiques. La Nutrition étant par
essence une discipline transversale et fédératrice, la spécialité s’appuie non
seulement, sur de nombreuses équipes d’accueil localisées en Ile de France et
participant activement à l’enseignement théorique, mais aussi sur un éventail
d'équipes reconnues relevant de grandes Universités de province ou européennes
(Bruxelles, Madrid, Genève, Lausanne, Uppsala).
Pr. Bernard PORTHA
Responsable de la Spécialité
NuMéSi